Pascal Paoli et Napoléon Bonaparte, la problématique Corse au XVIIIe : 4ème et dernière partie « La Corse entre la France et l’Angleterre ». Pascal Paoli, peu avant son départ pour l’Angleterre
Pascal Paoli est réfugié à Londres. Le roi George III demande à Pitt, son premier Ministre de mettre un hôtel particulier à sa disposition dans la City et de lui verser une pension annuelle de 2000 livres soit l’équivalent de 400 000 euros. Elle lui permettra, outre de vivre confortablement, d’aider les Corses en exil à Londres avec lui et ce qui lui reste d’amis et partisans en Corse.
Pascal Paoli et ses amis du Literary Club. De gauche à droite : Boswell, Johnson, Reynolds, Garrick, Burke, Paoli,Burney, Warton et Goldsmith
Il est reçu en héros dans la société anglaise et en sera jusqu’à la fin de sa vie une figure éminente. Il fréquente la Cour et les cercles les plus élevés de la société anglaise. A son arrivée, il s’installe dans Bond Street, dans une demeure précédemment louée par la duchesse de Grafton. Il habitera durant tout son séjour londonien diverses maisons, toutes situées dans l’élégant et aristocratique quartier de Mayfair.
Sa réputation internationale est considérable. Sur le chemin de l’exil qui le mène à Londres, il est reçu par le Grand-duc en Toscane, Pietro-Leopoldo, futur Léopold II, par l’Empereur Joseph II à Vienne, par Goethe à Francfort. Il reçoit des témoignages d’amitié de Frédéric II de Prusse. Catherine de Russie lui offre hospitalité et pension. Toute l’Europe l’encense.
Paoli, encore et volontairement ignoré de Français, est une grande figure dans le monde anglo-saxon. Plusieurs villes aux Etats-Unis portent son nom.
Les Bonaparte, une famille qui ne cesse de monter
Carlo et Laetitia arrivent à Ajaccio le 25 mai 1769. Le 8 juillet, ils dînaient chez le comte de Narbonne, second de Marbeuf, nommé Intendant de Corse.Marbeuf restera en Corse de 1764 à 1786.
Politique de répression d’un côté mais aussi politique de stabilisation en proposant aux Corses un statut identique à celui des Etats du Languedoc ou des Etats de Bretagne, où il existe des Parlements élus pour représenter les Trois Ordres. Il gardera le nom de “Consulte” et se réunira 8 fois avant la Révolution. Il est dirigé par une commission permanente.
Les structures des Pieve, soit des regroupement paroisse, dont la taille est à mi-chemin entre la commune et le canton, sont conservées.
Mais aussi politique de séduction des élites. Versailles décide d’ouvrir les rangs de la noblesse françaises aux familles corses qui peuvent prouver une origine noble ou à défaut ancienne.
Ainsi entre 1770 et 1789, soixante dix huit familles corses seront admises à être nobles en France, par une reconnaissance de leur état au Conseil Supérieur de la Corse. Beaucoup de familles anciennes refusèrent ou ne se préoccupèrent pas de demander leur admission, considérant les Français comme des envahisseurs auquel on n’a rien à demander.
Pour les Bonaparte, ce sera chose faite dès le 13 septembre 1771. Il leur a fallu remonter aux Bonaparte de Toscane pour prouver leur appartenance à la noblesse. Mais cette filiation est loin d’être certaine. Napoléon lui-même en doutait.
Dans leur ensemble, si les élites corses adhèrent au système social de l’Ancien Régime, ce n’est pas uniquement par snobisme, mais c’est surtout parce que l’état noble procure avantages et privilèges.
C’est d’un de ces privilèges dont bénéficiera le jeune Napoléon, né à Ajaccio le 15 août 1769.Carlo Bonaparte
Charles Bonaparte est nommé en 1770 substitut du procureur du roi à Ajaccio, puis le 22 octobre 1771, juge assistant, avec un salaire de 1200 livres par an ( environ 4 fois le revenu d’un artisan) . Le 29, il est élu aux Etats de Corse comme député pour la noblesse d’Ajaccio.
Ils possèdent une belle maison au coeur d’Ajaccio, fierté de Charles, acquise par héritage et procès successifs. Le couple Bonaparte, beau, élégant et ambitieux, est très en vue à Ajaccio. Il aura huit enfants survivants : Joseph (1768), Napoléon (1769), Lucien (1775), Elisa (1777), Louis (1778), Pauline (1780), Caroline (1782) et Jérôme (1784). Respectivement : roi d’Espagne, empereur des Français et roi d’Italie, prince de Canino, grande-duchesse de Toscane, princesse de Lucques et Piombino, roi de Hollande, princesse Borghese, reine de Naples et roi de Westphalie.
Contrairement à la légende, les frères et soeurs de Napoléon étaient intelligents et capables. Ils ont montré ces dispositions dans l’administration des royaumes et principautés que leur frère leur avait confiés.
Le comte de Marbeuf que l’on prétend amoureux de Laetitia, au point que certains en feront le père de Napoléon, mais cette hypothèse est fort peu probable, est le protecteur du couple.
Il est âgé, car né en 1712, mais puissant. Elle est jeune et belle. Il représente le pouvoir en place, le couple a besoin d’appui. Il est possible qu’elle ait été sa maîtresse.
Nous nous trouvons dans une situation fort répandue, sous l’Ancien Régime, comme de nos jours.
A ce moment de l’histoire des Bonaparte et de la Corse, deux choses sont certaines
- Les Bonaparte ont définitivement fait le choix de la France
- La souveraineté de Gênes n’est plus qu’un souvenir.
Le Traité de Versailles en 1768 fut bien un traité de dupes. Pour les Bonaparte, l’intérêt principal de l’appui de Marbeuf fut l’envoi des deux aînés poursuivre leurs études en France.
Joseph Bonaparte fut envoyé au Collège d’Autun où il fit ses études. Napoléon après trois mois au Collège d’Autun fut admis à l’Ecole Royale Militaire de Brienne-le -Château, le 15 mai 1779. Il n’avait pas encore dix ans.
Pour y être admis, il avait fallu présenter les quartiers de noblesse nécessaires, qui avaient été examinés et approuvé par le Juge d’Armes Antoine Marie d’Hozier.
Durant toutes scolarité à Brienne, Napoléon se fait le champion de Paoli et d’une Corse indépendante. Il reproche à son père d’avoir pris le parti des Français…mais sans cette décision, il n’aurait pas pu être à Brienne. Tous ses efforts tendent à le faire ressembler, à imiter son héros, Pascal Paoli.
Il ne reverra ses parents qu’en 1782, lors d’un voyage que ceux-ci font en France, pour la santé de Laetitia, aux bains de Bourbonne en Champagne. Charles Bonaparte meurt à Montpellier le 24 février 1785.
Lorsqu’il avait accompagné ses fils en France, Charles était député chargé par Marbeuf de présenter à Versailles le cahier des doléances des Corses. Charles, représentant de la Noblesse en compagnie de deux autres députés, Sentine, Evêque du Nebbio et Casabianca représentant du Tiers sont présentés à Louis XVI.
Il mène bon train, fait même la connaissance de Madame Campan Première Femme de Chambre de Marie-Antoinette.
En 1784, la jeune Elisa Bonaparte, accompagnée par son père, est confiée aux soins des Demoiselles de Saint-Cyr, institution fondée par Madame de Maintenon et réservée aux jeunes filles pauvres de la noblesse. Lucien est aussi entré à Brienne.
Signature de Laetitia Bonaparte en 1784
A sa mort, Charles Bonaparte laisse un patrimoine largement entamé mais il a quatre enfants qui bénéficient en France d’une éducation de qualité. Laetitia se trouve à la tête d’une famille dont le dernier n’a pas un an.
La jeune femme frivole et dépensière se mua en une mère de famille stricte aux soucis domestiques quotidiens. Marbeuf meurt à Bastia en 1786. En 1787, Joseph Bonaparte est à Pise. Il fréquente le milieu corse et Clemente Paoli, en exil.
Paoli est en exil en Angleterre. Rien ne semble devoir rapprocher les deux familles.
Le destin de l’Histoire : la Révolution française
Cette évènement formidable réunira une fois de plus Paoli et les Bonaparte pour les désunir de façon complète et définitive, à la fin.
Les débuts de la Révolution en Corse peuvent être définis ainsi. Ceux qui ont bénéficié des largesses de la Cour, ou ont été bien traités, sont favorables à l’Ancien Régime. Les autres, soit l’immense majorité sont des patriotes.
Leurs revendications sont orientées contre les représentants du gouvernement royal et non contre une noblesse qui dans les faits n’existe pas en Corse.
Napoléon, sous-lieutenant d’artillerie en congé, arrive à Ajaccio fin septembre 1789. Il vient de fêter ses vingt ans. Il se montre favorable à la création d’un Comité National, à la place des Nobles-Douze, ancienne institution censée représentée les Corses auprès des autorités génoises. Le 31 octobre les Ajacciens se réunissent et vote à son initiative une motion: “Nous avons tout perdu en perdant la liberté, et nous n’avons trouvé dans le titre de vos compatriotes que l’avilissement et la tyrannie…Un peuple immense attend de vous son bonheur.”
Ce texte, envoyé à l’Assemblée Nationale, est signé entre autres par Bonaparte et par Charles André Pozzo di Borgo, son cousin.
Charles André Pozzo di Borgo
Le 30 novembre 1789, le décret de réunion de la Corse à la France est adopté par l’Assemblée nationale constituante, sur la proposition de Jean-Christophe Saliceti, avocat corse, à la suite de la lecture des lettres de la commune de Bastia et d’habitants d’Ajaccio, réitérant les cahiers de doléances.
Carte de la France au début de la Révolution
“L’île de Corse est déclarée partie de l’Empire français; ses habitants seront régis par la même constitution que les autres Français et, dès ce moment, le Roi est supplié d’envoyer tous les décrets de l’Assemblée nationale à l’île de Corse.”
Le 22 décembre 1789, la Constituante divise la France en 83 départements. La Corse sera l’un d’eux.
Cette intégration au territoire national est accueillie favorablement par tout le monde car elle efface le Traité de Versailles de 1768, aux conditions douteuses, et elle permet le retour en Corse des exilés, dont Pascal Paoli.
Celui-ci est dans l’expectative. Comme tout le monde la Révolution le prend au dépourvu. Le rattachement à la France pourquoi pas, mais dans l’idée d’une France girondine, respectant les libertés des provinces. La France a somme toute apporté une certaine sécurité aux Corses, a permis un certain développement économique.
Gênes de son côté, toujours officiellement propriétaire en titre de la Corse, s’insurge et réclame l’application du Traité de Versailles.
En réalité, ce n’est pas pour revenir en Corse mais pour céder sa dette à l’Angleterre. Gênes est avant tout une république marchande.
Pascal Paoli au début de la Révolution
Le 22 avril 1790 Pascal Paoli est accueilli en héros en France. Il prononce un discours resté célèbre à l’Assemblée nationale et prête serment à la Constitution. Puis il est reçu dans les différents clubs et enfin par le roi Louis XVI.
Le 14 juillet 1790 – date mémorable entre toutes – il débarque en Corse à Macinaggio, port de l’extrême nord de l’île, après 21 ans d’absence.
Le 17 juillet, il arrive à Bastia où on lui fait un accueil délirant. Il a 65 ans. Il porte beau.
Son frère Clemente est dans l’île depuis janvier 1790. A Bastia, son accueil est triomphal. En Février, il est élu par les délégués des six juridictions réunis à Bastia, dans l’église de La Conception, Président du Comité Supérieur de la Corse, comprenant 66 membres, nouvellement créé. Mais Clemente Paoli achète aussi à Livourne 1500 fusils.
Joseph Bonaparte avait été envoyé par la ville d’Ajaccio à la rencontre de Paoli à Aix-en-Provence. Puis en compagnie de son frère, Napoléon, il partit pour Orezza, comme député.
Il raconte dans ses mémoires que la première rencontre entre Paoli et Napoléon eut lieu peu avant à Ponte-Nuovo, de triste mémoire. Mais c’est trop beau pour être vrai, à peine vraisemblable. Paoli est élu président du Conseil Général de la Corse à l’unanimité et commandant de la Garde Nationale. Bastia est la capitale du département.
Tous sont alors Français et Révolutionnaires. Mais pas pour longtemps !
En juillet 1791 par décret de la Convention la Corse est divisée en deux départements. Au début de cette même année, Napoléon écrit un texte sur l’histoire de la Corse, dans lequel il se montre laudateur à l’égard de Paoli, allant jusqu’à le comparer à Cincinnatus, Thémistocle, Caton et d’autres. Il le compare même à George Washington.
Débordant d’admiration pour son héros, ce texte est mal reçu par Paoli, qui y voit plus de flagornerie qu’autre chose et lui répond que ce n’est pas à 22 ans que l’on écrit sur l’Histoire d’un pays. A partir de cette réponse, les rapports entre les deux hommes ne seront plus les mêmes. Les évènements contribueront à les séparer.
Paoli a alors tous les pouvoirs. Mais il a en face de lui une île divisée dans laquelle l’esprit public n’a jamais été vraiment compris. Les clans existent. Paoli est aussi un monarchiste, contrairement aux Bonaparte et à Saliceti, conventionnel qui votera la mort du roi, qui eux vont dans le sens de l’abolition de la monarchie à court terme.
Paoli n’est pas favorable non plus à la constitution civile du Clergé. Napoléon est un agnostique qui utilisera la religion à son profit. Pascal Paoli est profondément croyant et attaché à l’Eglise de ses pères.
En août 1792, Paoli écrit encore : “ Dites et faites savoir de ma part que nous voulons vivre et mourir libres et français”. Ce sentiment est partagé par Napoléon.
Durant cette période Paoli est proche de Lucien Bonaparte. Il lui dit son sentiment sur la forme de l’Etat. Pour lui seule la monarchie constitutionnelle à l’anglaise est le régime idéal.
“L’Angleterre n’est pas une monarchie. C’est une sage et puissante République. Heureuse la France, si elle prend l’Angleterre pour modèle.”
Lorsqu’il avait rencontré Louis XVI, celui-ci lui avait confié le destin de la Corse. Paoli s’en souvient car il a été profondément marqué par sa rencontre avec le roi.
La condamnation et l’exécution du roi seront mal reçues par Pascal Paoli. Car c’est à lui qu’il se sentait lié et non à la France.
Mais la France était en guerre contre l’empereur depuis le 20 avril 1792. Le 10 août a lieu l’attaque et le massacre des Tuileries. La République est proclamée le 21 septembre 1792. Le 25 septembre, elle est déclarée “Une et Indivisible.”
La rupture
Napoléon rentre en Corse en septembre 1792, pour soutenir l’élection de Joseph, mais celui-ci est donc battu par Charles André Pozzo di Borgo car Pascal Paoli lui accorde sa préférence. Il juge Joseph Bonaparte, trop proche de Saliceti désormais révolutionnaire radical. Pozzo di Borgo deviendra un ennemi irréductible des Bonaparte, sera fait comte par le Tsar, dont il sera l’ambassadeur à Paris en 1815.
Pour les Bonaparte, c’est la trahison suprême. Celui qu’ils considéraient comme leur père spirituel les lâche au profit d’un de leurs lointains cousins. Pascal Paoli a montré de la défiance envers eux, peut-être s’est-il souvenu que leur père Charles, peu de temps après un discours corse patriotique s’est jeté dans les bras des Français.
Napoléon Bonaparte en 1796 peint par Robert Lefèvre
Les Bonaparte ont fait le choix de la France jacobine révolutionnaire. Paoli avait fait celui de la monarchie constitutionnelle et girondine.
La Convention souhaite voir comparaître Pascal Paoli et Charles-André Pozzo di Borgo à la suite de la rencontre que Saliceti a eu en avril 1793 avec Paoli.Paris comprend que rien ne va du côté de la Corse et de son chef.
Pascal Paoli, lors d’un entretien avec Lucien Bonaparte, aurait déclaré après la mort du roi : “ Les fils de Charles ne peuvent m’abandonner. Il faut que tes frères se décident entre la France et moi. Mais il n’y a plus de France…Les misérables ont égorgé leur roi, le meilleur des hommes, un saint…La Corse ne veut plus d’eux. Je n’en veux plus. Qu’ils gardent pour eux leur sanglante liberté. “
Exécution de Louis XVI
Propos peut-être apocryphes, mais qui donnent une idée de l’état d’esprit de Paoli en 1793. La Convention, à l’instigation de Saliceti, envoie trois députés en Corse avec les pleins pouvoirs : Saliceti lui-même, Lacombe Saint Michel et Dercher. Officiellement, il s’agit de discuter avec Paoli de l’organisation de la défense de la Corse. En réalité, il faut mettre les Corses au pas.
Lacombe Saint Michel laissera un souvenir terrible à Bastia. On apprend en même temps que la Convention vient de mettre Pascal Paoli en accusation.
Un discours imprudent de Lucien Bonaparte, tenu, à Toulon en est à l’origine. Il y parle de la “Nation trahie en Corse”. Ses auditeurs enflammés, demandent l’impression de son discours. Le texte en est envoyé à Paris.
Lucien Bonaparte avait voulu briller aux yeux des nouveaux républicains, en prenant une certaine distance avec Paoli. Le résultat alla bien au-delà de ce qu’il pouvait imaginer.
Paoli s’écrie au rapport du discours de Lucien : “Quel petit vaurien ! Il est capable de tout. Voyez quel sujets peuvent mettre en doute l’honnêteté des caractères vieillis au service de la Patrie.”
Lucien Bonaparte
Le 2 avril 1793, le discours de Lucien est lu à la Convention où l’émotion est à son comble. Dumouriez vient de trahir. On voit des traîtres partout. C’est le début de la Terreur. On ordonne l’arrestation de Paoli et de Pozzo di Borgo.
A l’annonce du décret de la Convention ordonnant son arrestation, Paoli fait hisser le drapeau blanc à tête de Maure, le drapeau blanc de Ponte Nuovo. Les sociétés populaires corses s’insurgent et se placent du côté de Paoli.
Joseph et Napoléon Bonaparte savent que la Convention est dans l’erreur. Le 21 avril 1793, Napoléon envoie un courrier à la Convention, le plus bel hommage rendu à Paoli : “ La Convention rend des lois dont chacune est un bienfait. Mais le décret qui mande à la barre l’infirme et le septuagénaire afflige les citoyens d’Ajaccio; Pourquoi eût-il conspiré ?”
Le texte de Lucien, responsable de cet état de fait, est aussi connu dans toute l’île. Joseph Bonaparte est à Bastia avec les commissaires de la Convention. Les protestations de Napoléon ne font rien.
Le 26 mai 1793, une consulte est réunie à Corte. Trois mille délégués y assistent. Ils confirment leur confiance en leur chef mais ils déclarent aussi leur union à la République. Le 29 mai, lors de la dernière, séance les Bonaparte sont mis au ban de la Corse.
“Nés dans le despotisme, nourris et élevés sous les yeux et aux frais d’un pacha luxurieux qui commandait dans l’île, les trois frères s’étaient faits avec le plus ardent empressement les zélés coopérateurs et perfides agents de Saliceti. Pour peine l’Assemblée les abandonne à leurs remords intimes et à l’opinion publique qui d’ores et déjà les a condamnés à une perpétuelle exécration et infamie.”
La maison des Bonaparte à Ajaccio est mise à sac. Laetitia et ses enfants ont eu le temps de fuir et se réfugier dans le maquis.
Le 31 mai, un navire français, avec Napoléon et Joseph à son bord, vient les chercher. Ils se réfugient à Calvi. Ils ne peuvent rester en Corse. Et le 11 juin ils débarquent à Toulon, sans argent.
Joseph part à Paris faire avec Saliceti le rapport des évènements. La Convention décrète Paoli traître à la République française et le déclare hors la loi. A Toulon, les royalistes ont pris la ville avec l’aide des troupes britanniques.
Les Bonaparte fuient à nouveau et se réfugient à Marseille, où Saliceti est nommé représentant de la Convention. Ils ne reviendront plus en Corse.
Le royaume-anglo corse
De son côté, Pascal Paoli se trouve dans une situation difficile. Les divisions nées en France lors de la Révolution se retrouvent en Corse.
Certains de ses partisans se reconnaissent plus dans le nouveau régime républicain que dans la monarchie constitutionnelle qu’il souhaite.
Et surtout Pascal Paoli sait l’intérêt stratégique de la Corse pour les puissances européennes et il n’a pas les moyens de s’opposer à elles, quelles qu’elles soient.
Il doit s’adosser à la puissance qui représente le mieux ses idéaux démocratiques : l’Angleterre !
Le 25 août, il écrit à l’amiral Hood qui commande la flotte britannique de Toulon : “Nous nous regardons aujourd’hui comme peuple libre et indépendant qui a le droit de prendre par lui-même toutes les résolutions convenables à son honneur et à ses intérêts…La nation et le roi d’Angleterre trouveront dans les Corses non seulement le retour d’une gratitude éternelle mais encore le plus grand empressement à se prêter à tout ce qui pourra contribuer à l’accroissement de la puissance et à la gloire de Sa Majesté et de la nation britannique et qui sera compatible avec leur liberté…Enfin, milord, paraissez et la Corse est délivrée en peu de jours.”
Amiral Vicomte Hood (1724-1816)
Quelques jours après, il écrit directement au roi George III : “ Le peuple corse est résolu de soutenir sa liberté et son indépendance. Il se croirait heureux, Sire, s’il pouvait la conserver sous votre protection…J’implore, au nom de mes compatriotes, l’appui de vos armes et votre protection pour assurer leur liberté qu’ils aiment.”
En janvier 1794, Sir Gilbert Elliot, envoyé du roi d’Angleterre, rencontre Paoli à Murato, au dessus de Saint-Florent. Les discussions buttent sur ce que doit être la Corse au sein du dispositif britannique. Elliot veut une soumission, Paoli parle de protection. Comme toujours, il traite de Nation à Nation.
George III (1738-1820) roi d’Angleterre
Le 21 avril, les Anglais acceptent l’idée d’un royaume corse indépendant mais uni à la Grande-Bretagne. Sir Gilbert Elliot est nommé “gouverneur”. Pascal Paoli refuse car on est gouverneur d’une colonie. Et la Corse n’est pas un colonie britannique.
Le 19 juin 1794, à la Consulte de Corte, tous les liens avec la France sont définitivement dissous et est proclamé le Royaume Anglo-Corse. La Corse est une monarchie, dont le souverain est le roi d’Angleterre, sans qu’aucun pouvoir ne soit enlevé au peuple corse.
Elle est placée sous la séparation des pouvoirs, qui tous seront exercés en Corse par des Corses. Seule exception, Sir Gilbert Elliot devient vice-roi, représentant George III.
Charles-André Pozzo di Borgo occupe la troisième charge, il est président du Conseil d’Etat, en fait Premier Ministre. Le 21 août 1794, à Calvi, tous les Français quittent la Corse.
Constitution du Royaume anglo-corse (1794-1796)
La Corse est désormais sous protection anglaise. Mais l’idylle ne durera pas longtemps car dès le début 1795, des dissensions se font jour entre Paoli et Elliot. Ils n’ont pas la même vue des choses. Pascal Paoli est un démocrate, Elliot un aristocrate. Paolo est catholique, Elliot Anglican.
L’ensemble des mesures prises par le gouvernement Elliot-Pozzi di Borgo semble favoriser le peuple et la bourgeoisie des cités au détriment du peuple des montagnes, auquel appartient celui qui est désormais le Père de la patrie “U babbu della patria”.
Ce sont beaucoup plus des querelles mesquines de personnes que de véritables conflits politiques. Paoli a 70 ans, il est fatigué et ne comprend pas les aspirations de la nouvelle Corse.
Elliot demande au roi de George d’appeler Paoli à Londres. Ce dernier accepte et le 14 octobre 1795 s’embarque à Saint-Florent. Paoli a compris que son temps est passé. Il se retire de la vie publique et mourra à Londres entouré d’honneurs en 1807.
Les intérêts de l’Angleterre l’obligent à quitter l’île, difficilement gouvernable. Mais aussi, la guerre sur le Continent et sur mer nécessite des efforts considérables.
Le 25 octobre 1795, toutes les places fortes sont évacuées, le retrait de l’Angleterre est définitif : Elliot écrit : “ Je crois que ce peuple est une énigme dont personne ne peut être sûr de posséder la clé.”
Epilogue
Tout au long de l’année 1796, la France reprend possession de la Corse. Au printemps 1798, une dernière révolte dite de la Crocheta, menée par le vieux Gjiafferi, âgé de 82 ans. Pris par les troupes républicaines, il est fusillé. La Corse est pacifiée, mais à quel prix. C’en est fini de la révolte des Corses.
Napoléon poursuit la carrière que nous connaissons tous et il entraîne à sa suite une grande partie de l’élite et du peuple corse, dans son aventure.
Mais il ne fit rien pour la Corse, désormais département français. Il dira à Sainte-Hélène : “ J’aurais voulu améliorer le sort de ma belle Corse, j’aurais voulu faire le bonheur de mes compatriotes, mais les mauvais jours sont venus et je n’ai pu effectuer les projets que j’avais formés”
Napoléon tenta un rapprochement avec Pascal Paoli en 1802. Il lui offre de venir vivre en France avec tous les honneurs qu’il mérite. Mais il faut qu’il le demande au Premier Consul en reconnaissant son erreur de s’être opposé à la Convention. Pascal Paoli s’y refuse. Il restera à Londres.
Les deux hommes s’étaient toutefois moralement réconciliés car Paoli ne pouvait pas ne pas admirer la carrière de son compatriote et Napoléon ne pouvait pas ne pas se souvenir de son attachement à cet homme qui incarna à la fois l’Esprit des Lumières et la liberté de son pays.
Napoléon fut empereur des Français. Paoli mourut à Londres, en territoire, alors ennemi, le 5 février 1807. Il fut enterré au cimetière de Saint-Pancrace. Son buste fut édifié dans l’abbaye de Westminster.
Buste et plaque de Pascal Paoli dans Westminster Abbey
En 1889, ses restes furent transférés à Morofsoglia, dans sa maison natale.Avec lui, vécut le seul moment d’indépendance que la Corse ait connue tout au long de son histoire. (Merci à Patrick Germain)
Pascal Paoli, héros de l’indépendance corse portrait par Richard Conway
Robespierre
21 janvier 2016 @ 08:03
C’est pour ce genre d’articles que je continue à venir sur ce site, car les palabres interminables sur les tenues, coiffures et chaussures des princesses et belles dames, je m’en suis lassé depuis longtemps.
Merci à Patrick Germain, grâce à lui je serai un peu moins ignorant qu’avant.
1315jeann
21 janvier 2016 @ 09:48
Remarquable analyse de l’histoire de la Corse.
Robespierre
21 janvier 2016 @ 13:45
Oui, et en plus, on a des illustrations et des portraits.
Charles
21 janvier 2016 @ 11:29
Merci cher Patrick pour ce passionnant sujet à épisode.
DEB
21 janvier 2016 @ 13:29
Récit passionnant. Merci .
Jean Pierre
21 janvier 2016 @ 13:42
Paoli a t’il des descendants ?
Des amis de mes parents. Paoli Netti, racontent toujours qu’ils descendent de Pascal Paoli. Bien entendu nul ne les croit, sauf à ce que cette descendance soit ensuite partie en Tunisie, mais l’histoire est jolie.
Cosmo
22 janvier 2016 @ 08:47
Jean Pierre,
Pascal Paoli n’a jamais été marié et on ne lui connait pas d’aventures. Il semble avoir été amoureux de Maria Cosway, épouse du peintre Richard Cosway. Mais ce fut certainement platonique. Il n’a donc pas de descendance et son frère, Clemente, non plus. Par contre les deux soeurs de Pascal Paoli se sont mariées et ont eu une descendance encore existante en Corse.
Cordialement
Patrick Germain
Alain Golliot
21 janvier 2016 @ 14:50
Ca change des articles habituels. La, on apprend et creuse. Merci.
Gérard
21 janvier 2016 @ 17:28
Le texte remarquable de Patrick se suffit évidemment à lui-même, et les photographies, aussi ai-je scrupule à évoquer le souvenir post-mortem de Pascal Paoli dans la continuité de cette vie extraordinaire que nous a fait découvrir notre ami en historien qu’il est et aussi en Corse.
Le monument de l’abbaye de Westminster dans le déambulatoire sud date de 1807, le buste de Pascal Paoli avait été fait quelques années plus tôt par John Flaxman. Le monument a été payé par le docteur Andrew Burnaby, qui avait été aumônier à Livourne, et d’autres amis. Mais Paoli avait donc été enterré dans le cimetière catholique londonien de Saint-Pancrace à Londres qui fut détruit lors de la construction de la gare du même nom et c’est alors, en 1889, que les restes du célèbre combattant retournèrent à Morosaglia.
Le souvenir de Pascal Paoli est également marqué à Londres par une plaque apposée le 6 juin 2008, 201 ans après sa mort, en présence du maire de Westminster sur le lieu où il habita de 1778 à 1784 au 77 South Audkley Street, dans le quartier de Mayfair, en présence du maire de Westminster et de descendants d’une sœur de Pascal, Chiara Maria Paoli : Bernard Mabille Leoni de Paoli (comédien et chanteur sous le nom de Bernard William), Pierre, Geneviève et Laure Mabille.
En outre en 2014 il a été planté deux arbres corses, un olivier et un myrte, auprès d’un banc portant une plaque commémorative, à l’emplacement à Saint-Pancrace de la tombe de Pascal Paoli.
Chaque année un office religieux est célébré à Westminster début février en commémoration de sa mort le 5 février 1807 au No 1 Edgware Road et de ses obsèques le 18 du même mois.
On aura ici une vue panoramique de son tombeau actuel dans la chapelle de sa maison natale devenue un musée qui lui est consacré : http://images.google.fr/imgres?imgurl=http://3.bp.blogspot.com/-jH3OxLPOFPw/UABAZ1nWLkI/AAAAAAAACHM/IC2l9fTYp9c/s1600/494-21.06-210%25C2%25B0-Morosaglia-
Tombeau%2Bde%2BPascal%2BPaoli.jpg&imgrefurl=http://paysages-panoramiques-3d.blogspot.com/2012/07/1a2-p6-bastia-panoramique-eglise.html&h=725&w=1250&tbnid=2pUEvqr1-_eOKM:&tbnh=90&tbnw=155&docid=ZyQ7r8t4XJHKYM&usg=__chyGqONFMaiXeLsSk6PvSGCAWpw=&sa=X&ved=0ahUKEwie4_Pl-7rKAhVLVhQKHcGKAzoQ9QEINzAF.
Ce sont les frères Casabianca, originaires de Bonifacio mais vivant à Londres, qui sont à l’origine du retour à Morosaglia. Émile, Ambroise et Nicolas alertèrent le gouvernement impérial français en 1867 sur l’état de décrépitude du tombeau du général et sa prochaine destruction du fait de la construction de la gare. La réunion des fonds nécessaires fut un peu longue cependant et ce n’est que le 31 août 1889 qu’eut lieu la translation en présence de Pierre Paul de Casabianca sénateur et d’Émile Casabianca. Le bateau arriva à Marseille le 3 septembre 1889 et le lendemain le navire Le Comte Valery atteignait avant le jour L’Île-Rousse.
Cosmo
22 janvier 2016 @ 08:50
Merci, Cher Gérard, pour vos compliments et pour ces précisions qui complètent mon récit.
Amicalement
Patrick
Philippe Gain d'Enquin
23 janvier 2016 @ 11:48
Patrick : « chapeau » ! Avec gratitude, merci de m’avoir conforté dans mon projet de découvrir la terre natale de notre premier empereur. En toute amitié, Philippe.
moine eric
21 janvier 2016 @ 19:57
Oui, formidable article de Mr Patrick Germain j’ai pas mal appris de choses sur l’histoire de la Corse .Et si Pascal Paoli , aurait eu un autre destin cette ile aurait été tout autre ! …..
kalistéa
21 janvier 2016 @ 21:56
Merci pour ce dernier volet d’une étude détaillée et claire, cher Cosmo, car il est parfois difficile de suivre le déroulement de l’histoire quand les évènements se précipitent et se déchaînent comme en cette période particulièrement agitée de la révolution Française.
La Corse a enfanté à cette époque au moins deux hommes prodigieux qui ont, l’un Pascal Paoli ,homme « des lumières » s’il en fut , infléchi son Destin et faite entrer ,elle si petite, dans le peloton des nations « éclairées » et en avance sur leur temps, l’autre Napoléon , grand homme de l’histoire Européenne, qui surpassa même les géants du passé, les Alexandre, César, Charlemagne…et qui donna à la France une gloire immortelle.Par lui , elle s’imposa comme une nouvelle Rome ; « maitresse des armes , des lettres et des lois ».(d’après J du Bellay)
Rousseau avait dit avec raison : « un jour ce petit pays étonnera le monde! ».
J’espère que nos amis lecteurs, amateurs d’histoire , seront heureux de lire tout ceci en s’en délectant.
Bien à vous cher ami , avec reconnaissance. K
(Merci aussi à Régine d’avoir ouvert son espace à cette intéressante étude de vulgarisation.)
Gilles de Bise
21 janvier 2016 @ 22:59
Encore une fois, bravo et merci!
Caroline
21 janvier 2016 @ 23:41
Patrick Germain,
J’ai lu avec beaucoup d’intéret la dernière partie de votre article à la corse! C’est surprenant d’apprendre des détails sur les relations entre la Corse et l’Angleterre!
Qui sont les descendants actuels de Pascal Paoli ou de Pasquale de Paoli?
Merci beaucoup et bonne nuit!
Cosmo
22 janvier 2016 @ 08:52
Bonjour Caroline,
J’ai répondu à votre question dans le commentaire ci-dessus.
Cordialement
Patrick Germain
Caroline
22 janvier 2016 @ 10:49
Bonjour Cosmo,
Je vous remercie pour votre réponse ‘généalogique’!
Bon week-end!
Mary
22 janvier 2016 @ 00:38
PASSIONNANT !!!
Francine du Canada
22 janvier 2016 @ 05:36
Cher Patrick, j’ai lu à rebours (3ème, 2ème, 1er et maintenant 4ème); je vais relire dans l’ordre et reviendrai ensuite. Déjà, je peux dire que ces articles sont passionnants pour qui ne connaît pas la Corse (c’est mon cas) et j’ai eu plaisir à les lire. Merci et au plaisir de vous lire à nouveau. FdC
Pierre-Yves
22 janvier 2016 @ 12:58
Cher Cosmo, j’ai lu les parties 2 et 3, point encore celle-ci.
Votre récit est vraiment formidable et pourtant, en tant que continental, j’ai toujours eu un rapport agacé à la Corse, cette terre très belle, ça je le sais pour y être allé en vacances, mais ombrageuse, sourcilleuse, excessivement jalouse de ses particularismes.
Eh bien vous savez quoi, vous êtes en train, de bouger un peu ma manière de voir. Je vais continuer ma lectre ce w-e, mais je vous en suis déjà reconnaissant.
Francine du Canada
23 janvier 2016 @ 13:17
Patrick a réussi à ébranler vos convictions? C’est qu’il est doué le coquin… Bon w-e à vous deux et merci pour vos commentaires toujours instructifs et/ou intéressants! FdC
Cosmo
23 janvier 2016 @ 15:25
Cher Pierre-Yves,
Comme vous le savez peut-être, j’ai des origines corses immédiates. Et je suis, moi aussi, parfois agacé par certaines attitudes. Mais, comme souvent, les choses ont une explication et sans forcément excuser, il est bon de comprendre. Je vous remercie pour votre commentaire qui exprime exactement ce que je souhaitais réussir. Les peuples ont la mémoire longue et la mémoire commune entre la Corse et la France n’est que de deux cents ans. C’est peu pour forger un inconscient collectif commun, c’est assez pour justifier de vivre ensemble.
Amicalement
Cosmo
Corsica
24 janvier 2016 @ 08:41
Cosmo,
Entiërement d’accord avec votre commentaire et, encore une fois, merci pour votre formidable travail.
Cordialement
Corsica
Corsica
24 janvier 2016 @ 08:36
Patrick Germain, un immense merci pour votre remarquable travail de synthèse sur l’histoire complexe de la Corse, une île dont la position stratégique a de tout temps suscité les convoitises. Je viens juste de lire d’une traite vos quatre articles. J’ai apprécié la clarté et la pertinence de vos propos mais aussi la qualité des illustrations. Vous avez bien fait ressortir le fait qu’en dehors de Napoléon, Paoli, qui pourtant ne possédait ni la naissance ni la fortune, a été l’une des figures les plus marquantes de l’histoire de la Corse, et l’une des plus connues. Il fut d’ailleurs l’un des modèles des Fils de Liberté qui militaient pour l’indépendance américaine. En son honneur, ils se réunissaient dans une taverne dite du Général Paoli, taverne qui DONNAT son nom au massacre de septembre 1777 où les Anglais tuèrent les insurgés endormis ( plus de 1000 hommes) du général Wayne. Général qui ralliait ses troupes en lançant le cri » Remember Paoli ! « . C’est aussi en l’honneur de ce dernier que six petites villes américaines continuent de s’appeler Paoli.
Cet homme bien de son temps est allé au bout de son rêve : créer une Corse indépendante, battant monnaie et régie par une constitution inspirée par les principes philosophiques et sociaux du siècle des Lumières. Paoli, sans noblesse et fortune, avait compris l’importance de l’éducation qu’il a d’ailleurs promu jusqu’à sa mort où il a légué tous ses biens à l’université de Corte qu’il avait créé et aux écoles de son village natal, Morosaglia.
Finalement, ce héros Corse a passé moins de temps sur son île qu’en exil. En effet, à l’âge de 14 ans, il avait suivi son père (l’un des trois généraux Corses de la révolte de 1735-36) dans son exil à Naples où il fut sous-lieutenant au Real Farnèse (sans naissance et argent, il ne pouvait espérer mieux) et ce, jusqu’à son retour de 1755. Puis il connut par deux fois l’exil en Angleterre. Petite histoire dans la grande, mon trisaïeul, un proche de Paoli, le suivit après la défaite de Ponte-Novo. Vingt et un ans plus tard, il revint avec son ami mais ne retourna pas avec lui à Londres : à plus de 60 ans, il avait convolé avec une jeune femme qui lui donna dix enfants. Les brumes anglaises avaient dû lui être bénéfiques puisqu’il mourut tranquillement à 96 ans.
Corsica
24 janvier 2016 @ 08:37
Bien évidemment, donnât en lettres minuscules.
Cosmo
24 janvier 2016 @ 12:01
Chère Corsica,
Merci pour ces compléments d’information qui permettent de mieux comprendre encore l’envergure de la personnalité de Pascal Paoli.
Certains de mes ancêtres étaient aussi de l’entourage amical de Pascal Paoli. Il existe des échanges de lettres. Il fut aussi, comme son frère Clemente, le parrain de certains d’entre eux. Mais comme beaucoup de familles, je tiens aussi de l’autre côté.
Je suis heureux de voir que mes articles ouvrent les yeux de beaucoup sur l’Histoire, souvent malheureuse, de notre île.
Bon dimanche
Cosmo
Violette
24 janvier 2016 @ 11:01
Merci Cosmo de me donner envie de connaître l’histoire de la Corse.
kalistéa
25 janvier 2016 @ 10:26
Il me semble que si on met le pré nom du frère de Paoli en corse (Clémente ) on doit aussi mettre le sien en corse c-ç-d Pascuale ! et celui de son père >Gjagintu .
Et moi aussi je descends des généraux corses de la révolte du 18e siècle (en réalité de la soeur de l’un et du frère de l’autre!)
Cosmo
25 janvier 2016 @ 18:45
Vous avez tout-à-fait raison, Dear K ! On en se relit jamais assez.
Amicalement
Patrick
septentrion
27 janvier 2016 @ 21:22
Bonsoir,
Un grand merci à Patrick Germain pour ces articles si bien documentés et pour les portraits. J’ai mis un peu de temps pour les lire, c’est la raison de mon commentaire tardif.
Je crois que je comprends mieux maintenant les articles sur Charles et Zita en 2015 (Cosmo) sur N&R, non moins passionnants.
Cdt,
charles P.
23 février 2018 @ 12:20
Les Paoli sont tous de la même Famille, les Corses du monde tous Corses avant tout, les Corses de France sont » Familles Françaises par obligation de l’être depuis le 8 Mais 1769 ».
Il n’y’a pas de véritables Corses et d’autres moins véritables parce qu’ils ont quitté l’Ile …car le Corse ne quitte pas l’Ile , il s’absente !.
Une goutte de sang suffit pour être Corse …cette goutte primera toujours !.